Le colonel Yao Yao au Général Mangou: «Tu es la prochaine victime du FPI »

Publié le par vicky delore ndjeuga

Le colonel Yao Yao au général Mangou
 
«Tu es la prochaine victime du FPI »
Dans une lettre ouverte au chef d’état-major, le général Philippe Mangou, l’ancien porte-parole des Forces de défense et de sécurité, Jules Yao Yao, revient sur les moments critiques de la guerre qui divise la Côte d’Ivoire, depuis le 19 septembre 2002. Il met surtout en garde le patron de l’Armée ivoirienne : « si tu sais lire «SES SIGNES sur les horizons», tu dois comprendre que la prochain agneau du sacrifice du régime TROTSKISTE qui gouverne, c’est bien toi ». Ci-dessous, l’intégralité de ce document.
«LETTRE OUVERTE A PHILIPPE MANGOU
Cher camarade,
J’ai hésité un moment avant de répondre à la déclaration que tu as faite au nom des Forces de Défense et de Sécurité (FDS), le samedi 20 août 2005.
Tu remarqueras tout de même que dans mes différentes publications, je prends soin de te ménager, conscient que ton rôle de Chef d’Etat-major des Armées (CEMA), à la limite du politique et du militaire, n’est pas facile. De plus, quand tu as reçu les membres de la promotion VAILLANCE pour fêter ta promotion, je me suis engagé à t’aider au mieux de mon savoir faire, de mes forces et de l’esprit de promotion.
Tu dois savoir que mon combat est avant tout personnel. Mais tout en l’étant, il ouvre des perspectives et des espoirs pour la multitude de sans voix, de frustrés et de laissez pour compte. Ne te voile pas la face, la Côte d’Ivoire est profondément divisée depuis quelques années déjà. Sur la base de l’injustice qui m’a été faite, je reprends ici le même combat que ceux qui gouvernent, avec les mêmes  méthodes, à leur début, dans les années 90, à une différence près.
Dans les années 90, le plus grand danger qu’ils pouvaient encourir dans leur quête d’idéal démocratique, c’était la prison. Feu FELIX HOUPHOUET BOIGNY ne tuait pas. Il éduquait par la prison, par le service militaire et par des éloignements forcés. Inspiré comme il était, il avait compris, malgré son air d’autocrate, tout le partie qu’on pouvait tirer d’une jeunesse frondeuse et contestatrice. Il disait souvent que les frondeurs et les contestataires, constituaient des forces, des énergies débordantes liées à l’impatience de la jeunesse, qu’il fallait les apprivoiser, les canaliser vers des objectifs positifs.
Or, mon engagement actuel pour la quête d’une  justice que tu aurais dû me rendre, a fait lâcher sur mes traces des chasseurs de primes. Mais, en acceptant le sacrifice de ma personne pour le retour de la paix en Côte d’Ivoire, quelque chose d’indicible  s’est opérée en moi. Et ce quelque chose, qui procède de l’expérience vécue, complique énormément l’équation de ceux qui pourraient m’en vouloir. Car, leur conscience est, hélas, troublée par les crimes de sang auxquels ils sont associés.    
Pour revenir à l’objet de ma lettre, il faut retenir et le Ministre AMANY RENE, pourrait te le confirmer, s’il en était besoin, que dès l’annonce de ta nomination dans les charges de Chef d’Etat-major, je suis allé lui présenter ma démission du rôle de porte parole des Forces de Défense et de Sécurité (FDS), où, le 31 mars 2004, à la demande du Président de la République, j’avais été nommé par un arrêté ministériel.
Comme motivations à ma démission, j’ai porté à sa connaissance que le 11 octobre 2004 à YAMOUSSOKRO, en prévision du processus DDR qui devait commencer le 15 du même mois, des dissensions très nettes sont apparues entre partisans de la réunification par la force et ceux de la négociation.
Ce jour là, après plusieurs heures de discussions avec le Président de la République, j’ai eu à lire, avec le Lieutenant Colonel BAMBA SINIMA des Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN), l’adresse commune des FDS et des FAFN, devant le premier cité, les Membres du Gouvernement, les Représentants des Partis politiques signataires des accords de paix et les Représentants des Forces de l’ONU-CI et de LICORNE.
 
Auparavant et avant la cérémonie, ce document avait été traité de «chiffon» par certains Officiers de la tendance que tu conduis aujourd’hui et de «n’importe quoi», par le Premier Ministre AFFI  N’GUESSAN.
Et pourtant, c’est un document qui avait été validé, la veille, par le Général MATHIAS DOUE, à l’époque CEMA et par le Ministre de la Défense, avant qu’il ne soit transmis à son Excellence Monsieur le Président de la République, pour observations et annotations.
La mémoire joue un rôle fondamental dans la conscience et la connaissance de soi. De même qu’elle est indispensable dans la conduite du raisonnement. DIEU, dans SON INFINIE BONTE, m’a doté d’une assez bonne mémoire. Cela me permet de reconstruire les évènements et les faits avec beaucoup de précision, à l’inverse de tous ceux qui, de bonne ou de mauvaise foi, font preuve d’amnésie, en voulant me faire passer de la posture de la victime à celle d’accusé. Cela ne peut pas marcher, parce que j’ai une claire conscience de notre passé récent et même lointain, de même que j’ai une intelligence très vive de la situation actuelle et de son évolution.
Cela étant, comme finalement, c’est la thèse de la guerre qui l’a emporté auprès du Président de la République, avec l’Opération DIGNITE, dont je n’ai su le lancement que le jeudi 04 décembre 2004, à partir des informations de RFI, j’ai indiqué au Ministre de la Défense, que je ne pouvais plus représenter les FDS, dans le rôle de porte parole, avec la nouvelle équipe que tu avais la charge de conduire à la tête des ARMEES, à partir du 13 novembre 2004, jour de ta nomination.
En réponse à ma demande, le Ministre de la Défense m’a fait savoir que si je devais prendre les choses sous cet angle, c’est tout le Gouvernement de Réconciliation Nationale qui devrait rendre sa démission, car la quasi majorité de ses membres, n’était pas au courant de l’Opération DIGNITE, avant son déclenchement.
Alors, contre mauvaise fortune, j’ai fait bon cœur, en acceptant de continuer à tenir ce rôle si délicat et si difficile, dont j’entrevoyais toutes les complications futures, parce que nous ne partagions pas les mêmes lignes directrices, quant à la gestion de la crise.
J’ai été débarqué du  porte parolat par un message d’Etat-major, signé de tes mains, sans même que tu aies eu l’amitié de me prévenir, là où, il fallait un arrêté ministériel (parallélisme des formes oblige).  Tout comme aujourd’hui, c’est le Conseiller Spécial du Président de la République pour les questions de Défense et des Equipements Militaires qui se substitue au Ministre de la Défense, pour orienter et décider des questions de défense nationale. Après, on s’étonnera de la cacophonie. Ce sont tous ces dysfonctionnements qu’on ne peut pas toujours continuer d’accepter dans un Etat de droit.
Pour poursuivre, tu me permettras de te faire les reproches suivants :
1.    Au cours de l’entretien que tu nous a accordé (au Colonel Major TRAORE BAKASSA et à moi), le mercredi 29 juin 2005 vers 10H30, quand tu as su que j’avais été battu, tu en as fait le reproche au Lieutenant Colonel DOGBO BLE et je t’en sais gré. Mais tu n’as pas eu le courage de lui dire de mettre aux arrêts, ceux qui m’ont bastonné à défaut d’avoir réussi à m’enlever de mon domicile pour très probablement m’assassiner et de me restituer les affaires qu’ils m’ont volées. Dans ton regard, j’ai perçu beaucoup de gêne, d’agacement, d’impuissance et du regret, parce que tu sais très bien ce que veut dire être des camarades de promotion.
2.    Quand après le décès du Colonel Major TRAORE BAKASSA, le dimanche 03 juillet 2005, tu es monté sur le plateau de la télévision 1ere Chaîne pour apporter des explications relatives au drame qui venait d’arriver, parlant de moi, tu as dit ceci : «le Lieutenant Colonel YAO m’a dit qu’il aurait été battu…». L’emploi du conditionnel dans un fait aussi avéré que ma bastonnade, était l’autre preuve de ta faiblesse ou de ton manque de volonté et de courage, à mettre le doigt dans la fâcheuse question des ESCADRONS DE LA MORT. Et, crois moi, je te comprends, car, n’importe qui à ta place, aurait hésité avant d’aviser.
3.    Au demeurant, tu as mentionné dans la déclaration des FDS du samedi 20 août 2005 ce qui suit : «les Forces de Défense et de Sécurité ont été les premières à regretter l’incident survenu au cours de l’interpellation du Colonel Yao Yao Jules. Elles regrettent que cet officier apprécié de tous dans un passé récent, se soit laissé manipuler par des forces obscures. A t-il simplement conscience qu’il vient là de briser définitivement son capital confiance, même vis-à-vis de ceux-là pour lesquels il s’agite tant». Je voudrais te dire que ce n’est pas par un décret de ta part, que le pacte de confiance qui me lie à tous mes frères d’armes et aux populations ivoiriennes, peut être brisé. Tout ce monde  ne peut oublier et n’oubliera pas de sitôt que le plus difficile pour les FDS, s’est joué du 19 septembre 2002 à février, voire mars 2003. Au niveau des FDS, nous étions démunis, désunis, sans entraînement et sans confiance en nous mêmes. C’est là, que toi, en tant que COMTHEATRE et moi en tant que porte parole, avons réussi le miracle de décourager toutes les  attaques ennemies et de maintenir la cohabitation et la cohésion des populations. Ils sont nombreux, les membres des FDS et les populations civiles, à regretter ma bastonnade et le projet de mon assassinat aussi impromptus qu’incongrus. Mêmes ces jeunes gens qui m’ont passé à tabac, ont eut quelques regrets, quand pendant leur sale besogne commandée par d’obscurs esprits, je leur ai rappelé ces moments terribles, où ma voix et mon image, de même que la formule « HAUT LES CŒURS » étaient les rares bouées auxquelles les populations et les troupes s’accrochaient. La foi consolidée en un DIEU qui m’habite, ne permet pas qu’on n’achète mon âme, encore moins que l’on me manipule. Trouve d’autres arguments, cher ami !
4.    Après notre rencontre en ton cabinet, le mercredi 29 mai 2005 et pour minimiser l’incident comme je te l’ai promis, j’ai appelé au téléphone les Lieutenants Colonels DOGBO BLE et AHOUMA BROUA, commandant respectivement  la Garde Républicaine (GR) et le Groupe de Sécurité Présidentielle (GSPR). La froideur de leur accueil, eux que je considérais comme des frères et camarades de promotion, a suffi à me convaincre que quelque chose de plus grave avait été décidée me concernant. Si DOGBO BLE ne me doit rien, en revanche, AHOUMA BROUA NATHANAEL se souviendra certainement qu’à l’examen final de l’Ecole des Officiers d’Active de deuxième année (EOA2) en 1985, il s’est largement inspiré de mes copies et particulièrement, celles de topographie et d’armement, disciplines où j’excellais. Cela s’appelle le «MAGICOT» qui exprime la solidarité de la promotion, dans un esprit de partage.
5.    Si tu avais eu la réaction du Chef, dont le premier devoir consiste à protéger la vie de ses hommes, nous n’en sérions pas là. Tu n’as pas réagi au rapport écrit que je t’ai adressé le lundi 04 juillet 2005, où je ne demandais que des gages de confiance. On peut me reprocher mon caractère direct et frondeur que j’ai, d’ailleurs, en partage avec de nombreux Anciens Enfants de Troupe (AET). Mais en aucun cas, on ne peut m’accuser de traîtrise. Et puis, arrête un peu de parler de « forces obscures » ! Sors de ce calamiteux schéma consistant à imputer aux autres ses propres turpitudes, car en dehors de notre action dans ABIDJAN, le 19 septembre 2002, jusqu'à ce que nous recevions les équipements et armements, notamment les MI24, les SUKHOI et les LRM, qui nous ont permis de disposer d’un rapport de forces à notre avantage, quels combats avons nous véritablement gagnés sans l’appui des forces que tu qualifies aujourd’hui, d’obscures et pour lesquelles j’ai été battu et poussé dans la clandestinité ?
6.    Les cercles de planification parallèles que j’ai dénoncés dans mon droit de réponse au journaliste mercenaire franco camerounais THEOPHILE KOUAMOUO, sont nés pour la plupart et ont pris de l’assurance, quant le rapport de forces en termes de matériels est passé en notre faveur. Bien avant cela, la solidarité, la communauté de survie et mes messages en tant que porte parole, avaient bel et bien forgé une véritable âme aux FDS. Aujourd’hui, ne t’en déplaise, ma bastonnade et mon assassinat manqué ont fissuré notre unité et notre cohésion. L’appel du Général DOUE, victime de la même ingratitude et des mêmes menace, a agrandi cette fissure. Je ne sais pas comment tu vas rattraper le jeu de la détente, en continuant à servir un régime, dont la considération pour l’intérêt général, est loin d’être la première des préoccupations.
7.    Enfin, par au moins deux fois, au mois de mai 2005, je t’ai fait part de certaines questions en rapport avec l’avenir de notre pays que je n’évoquerais pas ici. Je t’ai demandé d’obtenir auprès du Président de la République, une audience, afin qu’un collège représentatif d’Officiers puissent échanger très franchement avec lui, relativement à ces préoccupations. Dois je comprendre que c’est cette démarche, on ne peut plus honnête, loyaliste et républicaine, qui a signé ma disgrâce et mon arrêt de mort ?
Pour terminer, si tu sais lire «SES SIGNES sur les horizons», tu dois comprendre que la prochain agneau du sacrifice du régime TROTSKISTE qui gouverne, c’est bien toi.
Tu es prévenu pour ne pas te laisser surprendre, car mes conclusions découlent moins d’analyses ordinaires d’Etat-major que d’une véritable prospective que je conduis avec méthode. Et par moment, les ORACLES me parlent.
A très bientôt, si le sort ne nous expédie pas avant le terme, dans l’autre monde. Car, les victimes du sacrifice humain dont se servent certains pour les jouissances de ce bas monde, sont encore nombreuses.
Moi, je m’y suis préparé et toi ?
COLONEL YAO YAO JULES AHOUSSOU 
 
 
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Publié dans crise ivoirienne

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