Pourquoi Mbéki dérange les opposants de Gbagbo

Publié le par vicky delore ndjeuga

Médiation dans la crise ivoirienne
Les dessous de la récusation de Mbéki
 
Le Conseil de sécurité a renouvelé sa confiance en la médiation sud-africaine dans la résolution de la crise ivoirienne. Une décision que ne partage pas la rébellion ivoirienne qui, elle, a décidé de récuser Thabo Mbeki. Pression diplomatique ou volonté réelle de changer de cap?
 
C’est l’arbitrage rendu par le médiateur sud-africain sur les décisions du président Laurent Gbagbo du 15 juillet 2005, portant sur les réformes législatives qui a mis le feu aux poudres. Et depuis, la rébellion, qui contrôle le Nord du pays depuis le 19 septembre 2002, et l’opposition politique accusent le président sud-africain de rouler pour le régime d’Abidjan.
 
Le mercredi 31 août, le  ministre sud-africain de la Défense, Mosiuoa Lekota a présenté devant le Conseil de sécurité de l’ONU, à huis clos, le rapport de la médiation sur la situation en Côte d’Ivoire. Les Sud-africains estiment que « les élections pourront avoir lieu le 30 octobre, car le dispositif qui doit permettre de résoudre les principaux problèmes est en place ». Selon l’envoyé du président Mbéki, alors que Laurent Gbagbo agit positivement dans cette crise, les ex-rebelles n’ont pas rempli leurs engagements.
 
Une analyse que ne partage ni la rébellion, ni l’opposition civile qui appellent à la mise en place d’une transition, après le 30 octobre, qui exclut le chef de l’Etat ivoirien et tous les candidats à la présidentielle.
 
«Nous ne doutons plus que la médiation est parti pris avec le régime Gbagbo. Il y a longtemps que nous le sentions et nous le savions. Cela ne nous surprend pas », a déclaré le président du Directoire du G7 (groupe de 7 signataires sur 10 des accords de paix de Marcoussis de janvier 2003), Alphonse Djédjé Mady.
 
Dans une déclaration rendue publique, hier jeudi 1e septembre, les Forces nouvelles (FN), de leur côté, ont annoncé qu'à compter de ce jour, elles récusent systématiquement la « médiation sud-africaine.Elles s’est totalement discréditée et disqualifiée dans la gestion de la crise ivoirienne, par ses prises de position partisanes qui ne reflètent en rien la réalité sociopolitique de la Côte d’Ivoire »
 
Mais, pour plusieurs observateurs, la sortie des FN relève moins d’une volonté de changer de médiateur. Guillaume Soro et ses hommes tiennent beaucoup plus à rappeler Thabo Mbeki à l’ordre. Conscient de ce que le président sud-africain bénéficie de la confiance du Conseil de sécurité, la rébellion entend mettre la pression sur le médiateur, afin de le contraindre à calmer le jeu et à réaffirmer son caractère neutre et impartial dans la résolution de la crise ivoirienne.
 
Le faisant, la rébellion est consciente du fait qu’en tant que grand homme d’Etat, Thabo Mbeki ne saurait s’imposer dans une médiation contre la volonté d’un des principaux belligérants.
 
Cette méthode est confirmée par un cadre de l’opposition, qui a tenu à garder l’anonymat. «Depuis que Gbagbo a traité Omar Bongo de rigolo, le père Bongo fait désormais très attention lorsqu’on lui parle de la Côte d’Ivoire. Thabo Mbéki pourrait bien reconsidérer sa position à l’égard de Gbagbo, avec les pressions exercées par les Forces nouvelles », explique-t-il.
 
La tâche s’annonce donc difficile pour le médiateur sud-africain. Thabo Mbeki doit, en effet, manœuvrer dur et ferme, pour ramener les différentes parties à l’essentiel. A savoir, l’élaboration des textes législatifs conformes aux accords de Pretoria qui confirment ceux de Marcoussis, le démantèlement des milices et le désarmement des 42 500 combattants de la rébellion et des 5 500 recrues des Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire (FDSCI) et l’organisation d’élections «ouvertes, justes et transparentes», comme le prescrivent les accords de paix. Vaste programme !
 
Vicky Delore
 
 
ENCADRE
 
Lekota précise les nouvelles missions de la médiation
 
Selon le ministre sud-africain de la défense, Mosiuoa Lekota, qui s'est adressé mercredi au Conseil de sécurité de l'ONU réuni à huis clos, seule la première phase, celle de la négociation politique, s'est terminée avec succès. Commence désormais la phase de l'application de ces accords sur le terrain. "Le rôle de médiation ne peut pas prendre tout simplement fin. Nous devons faire partie, même de façon limitée, du processus de mise en oeuvre" , a-t-il déclaré.
Selon le Conseil de sécurité, la médiation sud-africaine "poursuivra ses efforts avec l'appui des Nations unies et de l'Union africaine" . Dans son exposé, le ministre Lekota affirme que "la Côte d'Ivoire a évolué vers la normalité" et que "les éruptions ici et là ne sont pas d'une magnitude telle qu'elles rendraient impossibles des élections (...) le 31 octobre ou peu après." Laurent Gbagbo "s'est comporté de manière positive ", poursuit le ministre, en "clarifiant les ambiguïtés" des lois électorales qui ont établi "le cadre juridique nécessaire à la tenue des élections".
"Bien que beaucoup aient remis en question l'attitude du président ivoirien" , estime Mosiuoa Lekota, il chercherait aujourd'hui à "résoudre les problèmes qui assaillent son pays" . Les "jeunes patriotes" ne seraient "plus dans les rues" et le désarmement des milices progouvernementales serait "en cours" .
"Nous soutenons le principe des sanctions, a poursuivi Mosiuoa Lekota, mais elles ne devraient pas affecter de manière négative le processus de paix."  Pressé de questions, M. Lekota aurait évoqué les noms du général ex-loyaliste Mathias Doué et du chef rebelle Guillaume Soro, mais sans aller jusqu'à réclamer des sanctions pour leurs appels séditieux. Il aurait aussi tempéré la portée des propos incendiaires du dirigeant des "jeunes patriotes", Charles Blé Goudé, qui ont été examinés par le Comité des sanctions.
 
V.D. source Le Monde
 
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Publié dans crise ivoirienne

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