Comment Bédié a déjoué tous les pronostics

Publié le par vicky delore ndjeuga

Arrivé, hier, à Abidjan
Comment Bédié a déjoué tous les pronostics
 
Après environ un an d’exil en France, le président du PDCI a regagné Abidjan, hier dimanche 11 septembre. Avec ce retour, Henri Konan Bédié mélange à la fois le pouvoir ivoirien, l’opposition et la rébellion. Explications.
 
Viendra ? Viendra pas ? Les supputations sur le retour effectif de Henri Konan Bédié (HKB) se sont poursuivies jusqu’au dernier moment, hier dimanche 11 septembre 2005. La rumeur a même fait croire que pris d’une crainte soudaine, l’ancien chef de l’Etat aurait décidé de reporter, une seconde fois son voyage ; ou à tout le moins, atterrir plutôt à Yamoussoukro, la capitale politique, avant de rejoindre son fief, son village natal de Daoukro.
 
En fin de compte, il n’en a rien été. Comme prévu, N’Zueba a débarqué sur les bords de la lagune Ebrié. Mais, pour une fois, il n’a pas plu.
 
C’est que retour de HKB sonne comme un triple défi : au pouvoir, à l’opposition et à la rébellion.
 
Accusé d’entretenir le règne de la terreur par les escadrons de la mort, Abidjan est devenu depuis le déclenchement de la rébellion armée, le 19 septembre 2002, comme une sorte de chasse gardée du pouvoir ivoirien. Un à un, les principaux adversaires du président Gbagbo ont pris la clé des champs. Invoquant le manque de sécurité, entretenu par les fameux escadrons de la mort.
 
Le Sphinx de Daoukro a ainsi décidé d’affronter cette machine à tuer, ainsi que les extrémistes du régime de Gbagbo qui pensent utiliser la terreur pour régner. « Je retourne à Abidjan, quelles que soient les conditions de sécurité », avait lancé le candidat de l’ancien parti au pouvoir, avant son retour manqué en Côte d’Ivoire, le 24 août 2005.
 
Mais, dans une déclaration, N’Zueba avait tenu à préciser que ce n’est pas la peur qui avait guidé ce report. Mais, la volonté d’éviter tout amalgame entre l’annonce de son retour  et les menaces produites par l’ancien porte-parole de l’Armée ivoirienne contre le pouvoir du président Laurent Gbagbo.
 
Bédié est rentré. Rien de grave ne doit lui arriver. Certes, le président du parti cinquantenaire est connu pour avoir un discours sans haine ni violence, mais il se trouve qu’au nom de la guerre et de la résistance patriotique, certains partisans de Laurent Gbagbo veulent en découdre avec tout le monde. C’est la défaite morale et l’impuissance de tous ceux-là que le retour de Bédié symbolise.
 
Le retour effectif de Henri Konan Bédié continue de donner de la mauvaise humeur au G7 (coalition de quatre partis politiques de l’opposition et des trois mouvements rebelles, tous signataires des accords de paix de Marcoussis de janvier 2003).
 
En effet, les alliés de Bédié voient dans sa décision unilatérale de mettre fin à son exil, un coup de pouce inespéré au régime du président Laurent Gbagbo. Ce retour détruit, en effet, toute la stratégie basée sur l’insécurité à Abidjan,développée par les adversaires de Laurent Gbagbo.
 
En outre, Henri Konan Bédié donne le top départ de la cours pour le leadership au sein du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et pour la paix (RHDP, une coalition de quatre partis politiques de l’opposition, dont le PDCI et le RDR d’Alassane Ouattara sont les têtes de file). En occupant ainsi le terrain, le premier à Abidjan, le Sphinx de Daoukro entend se poser comme le seul et vrai leader du RHDP, dans la lutte pour la conquête du pouvoir d’Etat.
 
Toutefois, une chose est certaine, le retour d’exil de Bédié ne se fait pas sans risque. Aussi bien de la part de ses adversaires que de ses alliés. Dans un cas comme dans l’autre, ce retour dérange. C’est conscient de cela que HKB a choisi de maintenir en France de ses enfants et de son épouse montre. Il sait les dangers qui le guette. C’est pourquoi il n’a pas trop envie de rester longtemps à Abidjan. Bédié est prêt, à tout moment, à aller se mettre à l’abri à Paris. Notamment, avant la fameuse date du 30 octobre, début du vide constitutionnel, selon le G7.
Vicky Delore
 
 
ENCADRE
Bédié défie l’escadron de la mort
 
En rentrant à Abidjan contre vents et marées, alors que tous ses partenaires le lui déconseillent et croient qu’il court droit vers la mort, le président du PDCI manifeste une détermination et un courage qu’on ne lui a pas connus depuis belle lurette. Le révolutionnaire de la Fédération des étudiants d’Afrique noire francophone (FEANF), et des campus de l’Hexagone avait depuis longtemps cédé la place à une personnalité embourgeoisée.
 
Sous les railleries de Laurent Gbagbo qui pointait du doigt ces politiciens peureux et lâches. Bédié répond par l’acte et défie tout sur son passage.
 
Il nargue et défie l’escadron de la mort. Bédié  montre aussi le chemin du pouvoir à ADO, son jeune frère du G7. « Le temps de la paix est arrivé, le temps de rentrer à la maison pour bâtir la démocratie est arrivé. Il est possible de gagner par cette voie avec Gbagbo. Ce que nous cherchons en vain depuis trois ans ».
 
C’est ce Bédié que les Ivoiriens veulent et aiment. Et non le Bédié force ancienne et gaga qui se laisse avaler par la fougue de Guillaume Soro, la force nouvelle. Le temps de la clarification est arrivé. Bédié doit solder tous les comptes.
C.K.
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Publié dans crise ivoirienne

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