Un vaste complot contre Gbagbo
Menaces du général Doué et du colonel Yao Yao
Les signes d’un vaste complots contre Gbagbo
Le président Laurent Gbagbo ira-t-il jusqu’au terme de son mandat, avec l’organisation de la présidentielle, le 30 octobre prochain ? Difficile de répondre par l’affirmative. Tant des signes révélateurs d’un vaste complot contre son régime se révèlent de plus en plus. Et les menaces du colonel Jules Yao Yao et du général Mathias Doué ne seraient que la face visible de cette opération de déstabilisation qui se met progressivement en place. Décryptage.
Pour le régime de Laurent Gbagbo, la montée au créneau de l’ancien chef d’état-major de l’Armée ivoirienne pose un véritable problème. Elle témoigne d'un processus de fragilisation en cours depuis plusieurs semaines. Voici un mois, le porte-parole de l'armée, le colonel Jules Yao-Yao, a fait défection, après avoir été interpellé et tabassé avec plusieurs autres officiers au sortir de l'ambassade de France. La communauté internationale est restée sans réaction.
Dans une spectaculaire lettre ouverte publiée en prélude à l'intervention du général Doué qui lui a rendu hommage, il dénonçait «l'action malfaisante des escadrons de la mort dont j'ai été personnellement victime». L'ancien porte-parole de l'armée y désignait nommément comme responsables de ces escadrons neuf hommes. Huit des noms cités font partie du premier cercle du président Gbagbo. Là encore, la communauté internationale est restée indifférente.
Malgré tout, le régime d’Abidjan n’entend point céder à la psychose. «Ces agitations du général Doué constituent un non événement pour nous qui connaissons l’homme », explique Bertin Kadet, le conseiller Défense du président Gbagbo. Cet ancien ministre de la Défense explique la priorité du pouvoir ivoirien. «Nous sommes trop préoccupés par la question du désarmement et nous préparons les élections du 30 octobre prochain ».
Mais, ce que les autorités ivoiriennes s’expliquent difficilement, c’est l’indifférence de la communauté internationale, face à ces graves menaces. « J’appelle l’attention des autorités de l’Onuci sur les déclarations du général Mathias Doué et également sur celles du colonel Yao Yao Jules qui constituent des cas flagrants de sabotage du processus de paix et donc, de provocation des Ivoiriens », soutient M. Kadet.
Pour qui, «des officiers supérieurs qui appellent à la guerre civile comme si les Ivoiriens n’ont pas assez souffert, c’est monstrueux et c’est scandaleux ». Le conseiller de Gbagbo, à la suite du général Mathias Doué, met également en garde la communauté internationale. «Lorsque les patriotes ivoiriens vont vouloir réagir, c’est leurs réactions qui seront demain retenues et qualifiées d’actes de sabotage. C’est pourquoi l’Onuci doit se saisir rapidement des cas Doué et Yao ainsi que leurs commanditaires, parce que leur comportement est nuisible, pour la paix en Côte d’Ivoire », conclut-il.
Du côté de l’Opération ces Nations unies en Côte d’Ivoire, les réactions sont plutôt nuancées. « L’Onuci n’est pas là pour analyser les intentions et les déclarations des uns et des autres », déclare un fonctionnaire international, sous le couvert de l’anonymat. «Il s’agit d’abord d’une affaire qui concerne les autorités ivoiriennes. L’Onuci n’est pas là pour se substituer à elles. En outre, nous n’avons pas encore été officiellement été saisis », ajoute-t-il, visiblement préoccupé.
Toutefois, nombre d’observateurs indiquent que le silence de la communauté internationale devrait préoccuper les autorités ivoiriennes. « Il faut avouer que les choses paraissent vraiment bizarres. Le silence de l’opposition politique face aux menaces des militaires ne facilite pas la situation. Est-ce à dire que les adversaires de Laurent Gbagbo seraient prêts à cautionner un coup de force ?», s’interroge un diplomate, sous le couvert de l’anonymat.
A cette lancinante question, la rébellion a sa réponse. Les hommes de Guillaume Soro ont de nouveau poser le départ de Laurent Gbagbo comme préalable pour déposer les armes. Du côté de l’opposition civile, c’est la loi de l’Omerta. « Mon cher, on ne sait pas ce qui va se passer. Quand les militaires s’en mêlent, ça devient plus compliquer. Nous avons la parole. Mais, eux, ils ont les armes », résume, embarrassé, un cadre de l’opposition radicale, regroupée au sein du G7.
Vicky Delore
ENCADRE
La question de l’armée pour briser l’armée
Conscient de la menace que constitue la cohésion de l’Armée ivoirienne, le président Laurent Gbagbo a tenu à faire des mises au point, le 7 août 2005, à l’occasion de la célébration du 45e anniversaire de l’indépendance. «L’armée de Côte d’Ivoire avait du fromage, une croûte qui empêchait de voir en bas, mais on a découvert sous cette croûte des garçons de toutes les ethnies ; des jeunes qui se sont battus fraternellement au coude à coude. Ils sont de tous bords ».
Une semaine après, l’hebdomadaire Jeune Afrique l’Intelligent, prend le contre-pied de Laurent Gbagbo et produit un dossier au vitriol sur la bétéïsation de l’Armée ivoirienne. «Pour les hommes politiques ivoiriens, l’armée est donc à double tranchant. Qui doit garder le pouvoir doit le contrôler à tout prix. Plus que tout autre Laurent Gbagbo l’a compris », révèle l’hebdomadaire international indépendant, sous la plume insolite de Christophe Boisbouvier. Journaliste de RFI qui se contente, le plus souvent de petites brèves dans le journal de Béchir Ben Yamed ; les gros dossiers étant réservés à François Soudan, Yérim Seck Sow… reconnus un peu « plus compréhensifs » vis-à-vis du pouvoir d’Abidjan.
Boisbouvier enfonce le clou. Laurent Gbagbo applique dans le processus de mise sous contrôle de l’Armée, une méthode radicale : « la bétéïsation. La promotion des membres de son ethnie, les Bété, dans les Fanci, la gendarmerie et la police… Il les place aux postes clés ». Le journaliste révèle : « Aujourd’hui, le consensuel René Amani occupe le fauteuil de ministre de la Défense, mais Bertin Kadet commande le cabinet de l’ombre ».
Pour Jeune Afrique, il ne fait l’ombre d’aucun doute, Jules Yao Yao et Mathias Doué sont victime de cette « purge » au sein de l’Armée nationale. Et la promotion du général Phillipe Mangou ne serait que de la poudre aux yeux. Dans la réalité, c’est son chef de cabinet, le commandant Nadjé Zadi, d’origine bété, qui détient la réalité du pouvoir. « C’est sur le bureau de ce commandant qu’atterrissent toutes les demandes des chefs d’unité pour une dotation en matériel ou la promotion d’un officier méritant », écrit le journaliste, qui conclut : « Le commandant Zadi est un homme pivot ».
Christophe Boisbouvier apporte ainsi de l’eau au moulin de Jules Yao Yao, qui rue dans les brancards, depuis quelques semaines, le pouvoir ivoirien. Il annonce également la sortie, quelques jours plus tard de l’ancien chef d’état major des Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire, Mathias Doué.
Des coïncidences inquiétantes, qui pourraient bien être révélatrices d’un véritable complot contre le régime ivoirien, broyée inexorablement depuis trois ans par un processus de fragmentation sur fond de haines et de peurs chaque jour ravivées.
V.D.
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La France officielle prend ses distances
Les menaces proférées par l’ancien chef d’état-major des FDSCI contre le président Laurent Gbagbo ont tout de suite été perçues comme un autre coup en préparation à l’Elysée. Pour les partisans du chef de l’Etat ivoirien, il ne fait l’ombre d’aucun doute, Paris n’a pas encore renoncé à son projet de destituer le chef de l’exécutif ivoirien.
Selon le camp présidentiel, la sortie du général déchu n’est que la suite de l’épisode de novembre 2004. Au plus fort de la crise née de l’opération Dignité, visant la libération des zones sous occupation rebelle, le chef d’état major d’alors Mathias Doué, avait été accusé d’avoir voulu, avec la complicité de la France, renverser les institutions de la République.
Hier, devant la nouvelle menace Doué, le Quai d’Orsay a tenu à mettre les points sur les i. «L'important pour nous est le processus conduit sous l'égide de la communauté internationale, avec sur le terrain les deuxreprésentants spéciaux du Secrétaire général des Nations unies, et à travers la médiation menée par l'Afrique du Sud au nom de l'Union africaine», a précisé le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, à l’occasion de son point de presse hebdomadaire.
M. a rappelé que «ce processus prévoit des élections le 30 octobre. La France pour sa part
invite chacun à respecter les engagements souscrits à Pretoria».
invite chacun à respecter les engagements souscrits à Pretoria».
Pour conclure, il a rappelé la position de la France dans la résolution de la crise ivoirienne : « Je rappelle à cet égard la récente déclaration du président du Conseil de sécurité des Nations unies, qui appelle toutes les parties à faire preuve de responsabilité et de retenue dans leurs actes et leurs propos afin que la campagne électorale se déroule dans un climat apaisé et selon les délais prévus ».
Volonté manifeste de soutenir le processus de sortie de crise ou précaution diplomatique pour contenter le pouvoir ivoirien ? Seuls les jours prochains pourront permettre de trancher.
V.D.
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